Il y a un moment précis où la piste forestière s'ouvre et où l'on aperçoit, entre deux troncs de pins, une eau d'un bleu qui n'a rien à faire sur une côte aussi accessible. Je connais ce virage par cœur. Et à chaque fois, je me dis la même chose : si c'était plus facile d'accès, ce ne serait plus la plage de Cala d'Orzu.
Parce que oui, le sujet fâche. On me demande sans arrêt si « ça vaut le coup » avec une voiture de location, si on peut y manger, si le parking est payant. Et la réponse honnête, c'est : ça dépend de votre rapport à la poussière et aux nids-de-poule. Cette anse de sable blanc, posée sur la commune de Coti-Chiavari entre le Capu di Muru et le Capu Neru, reste l'une des rares criques du Pays Ajaccien où l'on ne trouve ni transat aligné au cordeau ni musique de beach-club. Encore faut-il savoir dans quoi on met les roues.
Points clés à retenir
- La plage se trouve sur la rive sud du golfe d'Ajaccio, commune de Coti-Chiavari, à une quarantaine de minutes de route de l'aéroport.
- Le dernier kilomètre et demi se fait sur une piste de terre : faisable en citadine par temps sec, franchement pénible après une pluie.
- Deux paillottes assurent la restauration en saison ; hors saison, il n'y a rien. Vraiment rien.
- Le stationnement est gratuit mais saturé entre 10 h et 11 h en juillet-août.
- L'eau est claire, le fond descend vite : idéal pour palmer, moins pour un bébé qui barbote.
Où se trouve exactement la plage de Cala d'Orzu ?
Première chose à clarifier, parce que la confusion est fréquente : Cala d'Orzu n'est pas à Ajaccio, même si tout le monde la classe dans les « plages autour d'Ajaccio ». Elle est sur le littoral de la Rive-Sud, juste après Porticcio quand on file vers Propriano.
Pour situer sur une carte : vous cherchez l'anse coincée entre deux caps qui portent chacun une tour génoise. Ces deux tours sont d'ailleurs le meilleur repère visuel depuis la route, et le meilleur argument photo du coin.
Quelle distance depuis Ajaccio et Porticcio ?
Comptez environ 35 à 40 km depuis Ajaccio, soit une bonne heure de conduite si vous partez du centre-ville et que vous tombez sur les bouchons de la route des Sanguinaires un matin d'été. Depuis Porticcio, c'est plus court : une vingtaine de kilomètres, mais la route sinueuse mange le temps gagné.
Le trajet type ressemble à ça : direction Serra-di-Ferro par la D155, puis on quitte le goudron environ 500 m après le hameau d'Acqua-Doria, on continue tout droit sur à peu près 1,5 km, et on tourne à gauche au panneau qui indique les paillottes. À partir de là, la route devient piste.
L'accès en voiture : jusqu'où faut-il tenter ?
Franchement, j'ai vu des gens descendre en Twingo. J'ai aussi vu une berline allemande racler son pare-chocs avant sur les cailloux, et son propriétaire jurer en trois langues. Donc : c'est possible, ce n'est pas confortable.
- Une voiture un peu haute aide, mais n'est pas obligatoire
- Évitez la piste par temps de pluie : la terre détrempée transforme le trajet en patinoire
- Les derniers mètres avant le parking sont les plus abîmés
- Prévoyez de rouler lentement, très lentement
Ma règle personnelle, après plusieurs passages : si vous avez une voiture de location avec une franchise élevée, garez-vous en haut de la piste et faites les 600 derniers mètres à pied. Vous perdrez dix minutes, vous garderez votre caution. Le sentier débouche directement sur le sable.
Et par la mer, c'est mieux ?
Spoiler : oui, nettement. Une partie des visiteurs arrive en bateau depuis Porticcio, et je comprends pourquoi. On évite la piste, on découvre l'anse sous son meilleur angle, et l'eau y est d'un turquoise qui justifie à lui seul la balade. Le hic, c'est qu'il faut soit posséder un bateau, soit payer une excursion, et que les excursions ne s'arrêtent pas toujours assez longtemps pour qu'on profite vraiment. Si vous avez la possibilité, la location de semi-rigide sur une journée reste le meilleur compromis.
Quelle ambiance et quels services sur place ?
Le sable est blanc et assez fin, la plage est publique et non aménagée dans sa partie centrale. Pas de lit de camp à perte de vue, pas de sonorisation. C'est précisément ce qui attire les gens qui fuient la plage de Porticcio un 14 août.
Le revers de la médaille tient en une phrase : l'offre de services se résume à peu de chose. Des paillottes pour déjeuner en saison, un parking gratuit, et c'est à peu près tout. Pas de douche que je sache signalée, pas de poste de secours permanent dont j'aie pu vérifier l'existence — ne comptez pas dessus pour surveiller les enfants.
Où manger : les paillottes de Cala d'Orzu
Deux adresses de restauration se partagent le terrain, dont la fameuse paillotte que tout le monde appelle « Chez Francis ». On y vient pour le poisson et les fruits de mer, servis sur des tables simples, pieds dans le sable ou presque. On y vient aussi pour l'attente, parfois, parce qu'en plein mois de juillet le service prend son temps.
Mes deux conseils, tirés de deux expériences très différentes : réservez, et prévoyez un plan B pour le déjeuner si vous arrivez sans réservation vers 13 h. Une année, nous avons fini avec un sandwich tiède dans la voiture après 40 minutes d'attente. C'était très bien, mais ce n'était pas le repas envisagé.
Quand y aller pour éviter la foule
Le stationnement sature vite. En haute saison, entre 10 h et 11 h, les places du bas sont prises et il faut se rabattre sur le haut de la piste. Après 16 h, ça se vide et la lumière devient superbe. Hors juillet-août, vous pouvez débarquer à midi un samedi et trouver de la place sans stress.
Un point qu'on sous-estime : le vent. Cette anse est plutôt bien abritée selon l'orientation du jour, mais quand le mistral souffle, le sable pique les jambes et l'eau se couvre de petites vagues. Un coup d'œil à la météo marine avant de partir vaut mieux qu'un aller-retour pour rien.
Cala d'Orzu face aux plages voisines : le tableau
Pour trancher vite selon votre profil, voici comment je positionne les trois plages que l'on compare le plus souvent dans le secteur.
| Critère | Cala d'Orzu | Plage de Porticcio | Criques du Capu di Muru |
|---|---|---|---|
| Accès voiture | Piste de terre, 1,5 km | Bitume, direct | Sentier à pied |
| Fréquentation | Moyenne, saturée en août | Forte | Faible |
| Restauration | Paillottes en saison | Continue, toute l'année | Aucune |
| Adapté aux enfants | Oui, avec vigilance sur le fond | Oui, très facile | Non |
| Ambiance | Sauvage, familiale | Animée, commerçante | Randonnée |
Le tableau dit l'essentiel : Cala d'Orzu n'est pas la plage la plus pratique du golfe. C'est la plus belle de celles qui restent accessibles sans bateau, et cela se paie en poussière.
Ce qu'il faut préparer avant d'y descendre
Sur place, le réseau mobile passe mal dans le creux de l'anse. Ne comptez pas régler un problème professionnel entre deux baignades, ni consulter votre itinéraire de retour si vous ne l'avez pas téléchargé. Je l'ai appris à mes dépens un après-midi de juin, coincé à essayer de faire charger une carte hors ligne à 200 mètres de la voiture.
- De l'eau en quantité, et de quoi grignoter : hors saison, les paillottes sont fermées
- Un parasol ou une tente légère, l'ombre naturelle est rare côté sable
- Des chaussures fermées si vous marchez la piste plutôt que de rouler
- Le maillot enfilé sous les vêtements : pas de cabine d'essayage, évidemment
- Un sac pour remporter vos déchets, les poubelles sont en nombre limité
Et une chose que personne ne dit assez : ne prévoyez pas de programme serré après. La remontée de la piste, le sable dans les sandales et la chaleur font qu'on repart toujours plus tard que prévu. C'est peut-être le seul luxe réel de cet endroit — il vous ralentit qu'on le veuille ou non.
Reste une question que je me pose chaque fois que je remonte vers Coti-Chiavari, le pare-brise couvert de poussière rouge : combien de temps cette anse tiendra-t-elle sans bitume, sans navette, sans parking payant ? Les deux tours génoises, elles, ont vu passer quelques siècles de visiteurs et n'ont jamais eu à répondre. La plage non plus, d'ailleurs. Elle est là, elle attend, et elle ne fera aucun effort pour vous.